La connectivité est un problème d’accessibilité financière, pas seulement de couverture
Pourquoi les cartes de couverture surestiment les progrès de la connectivité dans les villes africaines — et ce que les écarts d’accessibilité et de compétences impliquent pour les services publics numériques.
Les cartes de couverture ont tendance à flatter la connectivité africaine. L’histoire qu’elles racontent est surtout une histoire de progrès : la 4G atteint plus de territoires, la 5G commence à apparaître dans les capitales, la fibre se déploie. L’histoire qu’elles dissimulent est celle des personnes qui peuvent réellement se permettre d’utiliser le réseau dont elles dépendent nominalement, et qui disposent des appareils et compétences pour en faire quoi que ce soit d’utile. Traiter la connectivité d’abord comme un problème d’accessibilité et de compétences — pas comme un problème de couverture — produit un mandat différent et plus honnête pour la conception des services publics.
Les chiffres les plus récents de l’UIT placent l’usage d’Internet en Afrique subsaharienne autour de 38 % en 2024, contre une moyenne mondiale d’environ 68 %. Environ 14 % des habitants du continent vivent encore en dehors de toute couverture mobile à large bande. L’accessibilité financière est la contrainte décisive pour beaucoup d’autres : le prix médian d’un forfait mobile de 2 Go en 2024 équivalait à environ 4,2 % du revenu moyen par habitant, plus du double de la cible « deux pour cent » de la Commission Broadband. Une couverture sans accessibilité financière n’est pas une connectivité au sens utile du terme.
Le contrepoids économique est réel. La GSMA estime que les technologies et services mobiles ont généré environ 140 milliards USD de valeur économique en Afrique subsaharienne en 2023 et soutenu environ 3,7 millions d’emplois directs et indirects. Les services publics numériques — paiements, identité, protection sociale, santé, éducation — sont là où cette productivité se traduit en capacité de l’État, mais seulement si l’accès sous-jacent est large et digne de confiance.
L’implication pour les programmes municipaux est de cesser de traiter la connectivité comme un chantier « tech » séparé. Le cadre de la CEA pour l’urbanisation numérique rend les liens explicites : infrastructure numérique, accessibilité, compétences numériques et gouvernement électronique sont quatre faces du même problème. Les réseaux ouverts, l’infrastructure partagée, des interfaces de service accessibles et une protection des données rigoureuse sont des choix de gouvernance, et ils décident si les services numériques incluent ou excluent.
Bien faite, la connectivité devient l’épine dorsale de services publics inclusifs. Mal faite, elle crée une voie rapide pour les déjà connectés et laisse les autres encore plus en arrière.
Sources
- UIT — Faits et chiffres 2024 (usage d’Internet, couverture mobile à large bande, accessibilité).
- Commission Broadband — cible d’accessibilité (2 % du revenu mensuel par habitant pour 1 Go de mobile à large bande).
- GSMA — Mobile Economy Sub-Saharan Africa 2024 (140 milliards USD de valeur économique, 3,7 millions d’emplois en 2023).
- CEA — cadre pour l’urbanisation numérique (infrastructure numérique, accessibilité, compétences, e-gouvernement).
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