L’électrification au-delà du réseau
Pourquoi mini-réseaux, systèmes autonomes et cuisson propre appartiennent au même plan de résilience que le renforcement du réseau.
La conversation sur l’accès à l’énergie dans les villes africaines a dépassé le binaire unique « sur le réseau » ou « hors du réseau ». L’image qui sert réellement les ménages, les services publics et les petites entreprises est hybride : renforcement du réseau là où c’est judicieux, mini-réseaux et systèmes autonomes là où ça ne l’est pas, et cuisson propre comme système parallèle trop souvent absent des chiffres titres.
Les chiffres titres eux-mêmes sont préoccupants. L’AIE recense environ 600 millions de personnes en Afrique subsaharienne sans accès à l’électricité en 2024, et environ 960 millions sans accès à la cuisson propre en 2023. La cuisson propre porte un coût sanitaire mesurable — l’AIE relie la pollution de l’air domestique due aux combustibles de cuisson à des centaines de milliers de décès prématurés par an, concentrés sur les femmes et les enfants. L’initiative Mission 300 menée par la Banque mondiale et la Banque africaine de développement vise à raccorder 300 millions de personnes supplémentaires au réseau ou à des systèmes distribués fiables d’ici 2030 ; l’ampleur de cette cible donne une idée du chemin restant pour les systèmes actuels.
Pour un programme urbain, quelques choix de conception reviennent. L’économie des mini-réseaux s’améliore nettement lorsque l’usage productif — froid, mouture, irrigation, petits ateliers — est intégré à la courbe de demande dès le départ, plutôt que traité comme un espoir tardif. L’énergie hybride pour les cliniques, écoles et opérateurs d’eau est l’un des mouvements de résilience à plus haut rendement qu’une ville puisse engager : elle maintient les services critiques pendant les coupures, les chocs sur les prix des carburants et les inondations, avec des résultats sanitaires immédiatement visibles. Et les transitions vers la cuisson propre doivent être financées et passées en commande aussi soigneusement que tout autre investissement d’infrastructure, parce que le seul signal-prix suffit rarement.
Le côté gouvernance détermine si le capital privé arrive réellement. Des régimes réglementaires clairs pour les mini-réseaux, une commande publique transparente, des subventions de raccordement prévisibles et des règles de protection du consommateur sont ce qui fait passer un projet du pilote au portefeuille. Sans cela, le capital reste cher et inégalement réparti, et l’écart d’accès se ferme plus lentement que la population ne croît.
L’image intégrée — réseau plus mini-réseau plus autonome plus cuisson — est aussi celle qui tient dans une décennie sous stress climatique. La traiter comme un seul plan de résilience, plutôt que quatre programmes parallèles, c’est la version pratique de « l’énergie centrée sur les habitants ».
Sources
- AIE — World Energy Outlook / Africa Energy Outlook (accès à l’électricité en Afrique subsaharienne, 2024 ; accès à la cuisson propre, 2023).
- Banque mondiale et Banque africaine de développement — initiative Mission 300.
- Revue de recherche Smart City Africa (2025), synthétisant le rapport de recherche approfondie v2.
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